Que fait un joueur du Père-Lachaise quand il ne joue pas au foot ?
Rien. A moins qu’il ne soit en train d’aller chercher le ballon, momentanément passé par-dessus le grillage. Comme Saqui, dès le mois d’août, comme Marron, comme Bonheur plus récemment, ils sont nombreux à avoir cessé toute activité professionnelle afin de mieux servir les intérêts de l’équipe. Ces décisions, puissantes, osées, - que certains jaloux se plaisent à qualifier d’imbéciles- n’ont pas toujours été faciles à prendre. Lacapelle, pour ne citer que lui, disposait d’une place enviée d’ingénieur en placements, au sein du géant suisse Borsch&Weissman. Du jour au lendemain, sous l’ivresse d’un but hors-jeu marqué à l’entraînement, il a collé sa démission à son état-major médusé, sans même consulter ses proches.
Aujourd’hui, heureux bénéficiaire du RSA, il occupe son temps à remodeler son fessier, affaibli par des années de travail en bureau surchauffé. Libre, il bénit le jour où il a osé franchir le pas. "J’étais toujours entre deux aéroports, confie-t-il, j’avais même Bono au téléphone. Aujourd’hui, c’est plus relax. Avec le Père-Lachaise, je m’éparpille moins. C’est un vrai projet. Après, bien sûr, ce serait bien que les résultats viennent."
Même histoire pour Holgado, pilote de ligne à la Lufthansa, qui a choisi de tout plaquer.
Il raconte : "Ça ne ressemblait plus à rien. J’étais dans le cockpit, mais en fait, je n’y étais pas. Je m’imaginais sur le terrain avec mes copains du Plaf. Ça devenait limite dangereux pour les passagers. J’ai préféré faire le grand saut. Et tant pis sa ma femme n’a rien compris. Si l’on fait un résultat au Brongniart, je vous parie qu’elle reviendra."
Dorénavant, il occupe ses après-midi à peaufiner la modélisation 3D des joueurs du Plaf, en vue d’élaborer un ambitieux système de mise au point tactique, massivement multi-joueurs.
Bien qu’il soit crucial d’en dire le moins possible, au risque de livrer des informations précieuses à nos adversaires (dont nous savons qu’ils lisent ce blog), rassurons d’emblée les fans : à l’approche du Tournoi qu’il organise suivant ses propres règles, le Père-Lachaise Athlétic Foot va bien. Même s’il est en proie au doute.
Le dilemme des joueurs en dit long sur leur implication. Si nous sommes à deux semaines du Challenge Brongniart, nous ne sommes plus qu’à trois semaines de Noël, et à un petit mois du Jour de l’An. Or, en prévision de ces différents rendez-vous, faut-il perdre ou gagner du volume ? Se constituer une bouée solide qui permettra d’aller y puiser des forces ou au contraire, tenter d’alléger la masse ?
Au bar du Morrison, QG de l’équipe, le débat fait rage et l’on ne parvient pas à se décider, si bien qu’on fait un peu n’importe quoi avec la nourriture. Tantôt, on se baffre comme des andouilles, tantôt, sur la foi d’un article trouvé sur le comptoir, on se serre la ceinture et l’on dîne d’une camomille. Tout ceci rend nerveux les joueurs, dont six au moins, hier soir, ont tenté d’en venir aux mains, sans toutefois provoquer de contusions graves.
Sur le plan des blessures, justement, la situation, sans être critique, est alarmante. Le mollet de Proust est toujours en délicatesse, de même que le dos de Flahaut, courbaturé au dernier degré des suites d’une mauvaise position prise pendant l'amour. Le pasteur Marron, pour avoir trop souvent prêté ses gants aux gardiens adverses, a contracté une mycose des phalanges, qui lui rend toute prise de balle impossible autrement qu’avec les cuisses. Enfin, comme si la coupe n’était pas assez pleine, on compte aussi trois cas de ballonnements, deux boutons, et une perte de charisme.
Sachons cependant relever la tête et regarder au loin. Souvent revenus de tout, les joueurs du Père-Lachaise ne craignent rien, sinon, peut-être, l’humidité qui fait pousser la mousse le long des caveaux mortuaires et des protège-tibias. Alors ? Morts, les joueurs du Plaf ? Voilà une rumeur à laquelle ils promettent de tordre le cou.
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