mardi 8 mars 2011

BRAVO JEUNESSE !

Le Père-Lachaise Athlétic Foot a de nouveau illuminé la prairie de Vincennes ce dimanche après-midi en remportant sa deuxième victoire en seulement quinze jours sur le score sans appel de 10 à 8. Les grincheux auront beau avancer que ce match se jouait à cinq contre cinq, entre membres du PLAF divisés pour l’occasion en deux équipes, il n’en demeure pas moins que les résultats sont là. Indiscutables.
La puissance du Père-Lachaise gonfle jour après jour, inexorable, comme le bouton d’acné sur le front de l’adolescent.

Les progrès sont visibles dans tous les compartiments du jeu. A commencer par la défense. L'énorme Proust s’affirme en véritable patron. C’est désormais lui qui décide du planning et des payes, comme bon lui semble. Cigare à la bouche et pieds sur le ballon, il observe la conjoncture avec optimisme, tablant sur 117% de croissance.



 Sur son côté droit, la comtesse Flahaut n’en finit plus d’étonner. Fine stratège, elle est le chaînon manquant entre Lizarazu et Kasparov. Une sorte de Lizarazov, douée d’un sens du placement si précis qu'il rend tout déplacement superflu.
Le milieu de terrain était autrefois un champ de patates. Aujourd’hui, c’est un domaine où Bonheur et Champollion ont décidé de construire. Villas en petits ponts, manoirs tout en crochets et feintes de tirs, nos deux architectes s’en donnent à coeur joie, et il n’est pas excessif d’affirmer qu’entre leurs pieds, chaque match ressemble à une exposition internationale, avec son pavillon brésilien, son pavillon argentin, tout en marbre (but d'anthologie de Champollion, 48e) et faux-bois (Bonheur simulant des crampes, 90e+1).
Quant au front de l’attaque plafine, comment évoquer les performances de Lacapelle et Saqui sans avoir les larmes aux yeux ? Intenables, se jetant sur tous les ballons, au risque, quelquefois, d’y laisser leur santé (Saqui, double fracture tibia-péroné aux 28e, 61e, et 84e), les deux kamikazes ont offert un spectacle fascinant de violence maîtrisée. Présents sur tous les ballons -y compris ceux maladroitement propulsés sur l’aire de jeu par les "joueurs" des terrains avoisinants- la Cape et le Sac (ainsi qu’on les surnomme dans le milieu) ont brutalisé le concept même du football et repoussé plus d’une fois les lois de la physique. 

Un PLAF renversant.

 Ce commentaire objectif et impartial ne serait pas complet si j’omettais d’évoquer les jeunes du club, Eliott et Eliott, dont c’était hier le baptême du feu. Comptant à peine 18 ans à eux deux, ces deux presque adultes ont étonné par la maturité dont ils ont eu su faire preuve dans les moments cruciaux (8-8 à la 84e), comme par le courage avec lequel ils ont refusé de boire à la bouteille derrière leurs coéquipiers adultes. Mieux encore, ils ont séduit. Un certain style accompagne chacune de leurs prises de balle, un toucher, un sens, un quasi-sentiment. Ce style, c’est le style PLAF. Une façon de jouer au football sans équivalent sur toute la planète, mais aussi une façon de voir la vie, de se vêtir, de causer aux gens, sans aucune idée reçue, ni jugement hâtif.
A travers la présence de ces deux jeunes pousses achetées à prix d’or à leur famille, nombreux étaient ceux qui ont eu, comme moi hier, l’intuition que le Père-Lachaise Athlétic Foot allait devenir éternel et qu’il y aurait encore une équipe de foot quand le cimetière dont il tire son nom aura depuis longtemps disparu.

Les jeunes pousses. Eliott (à gauche). Et Eliott (à droite).

 Plus prosaïquement, on notera l’excellente performance d’Eliott dans les buts (entrée à la 45e), lequel est parvenu à faire oublier le Pasteur Marron, goal titulaire (?) dont les exploits (seulement 12 buts encaissés au Tournoi Paris Tout Foot) sont désormais bien loin.
Pour notre gardien à l’entorse chronique, une seule alternative : Faire preuve d’orgueil et redresser la barre / ou bien faire rétrécir son maillot et le confier à plus méritant.

En attendant la réponse à ce suspense intolérable, les membres du Père-Lachaise Athlétic Foot se préparent à leur prochaine rencontre, dans l'ombre de leur vestiaire sécurisé. 
Approchez l'oreille contre la porte. Entendez-vous ce feulement teinté d'angoisse ?
Ce sont eux, les monstres, qui se massent mutuellement et décuplent leur sudation dans des anoraks spéciaux.


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